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S'il n'y avait qu'une image, un projet photographique auprès des patients de l'Institut Curie de Paris

Dans le projet S’il n’y avait qu’une image, je demande à des personnes hospitalisées vivant avec une maladie grave, évolutive ou en fin de vie quelle serait la photographie qu’ils aimeraient voir, avoir et qui leur ferait plaisir. Pour eux, ce serait une image apaisante comme une aide, un soutien qui leur apporterait quelque chose de positif.
Ces personnes malades doivent faire face à la fois à des douleurs physiques, psychologiques, parfois aussi spirituelles et culturelles. Elles ont la liberté de demander n’importe quelle photographie (paysage, portrait...). Suite à cette demande, je leur propose d’aller prendre cette photographie quelle qu’elle soit et où qu’elle soit, et de leur offrir un tirage de cette image qui est accroché au mur de leur chambre d’hôpital.

Nous avons sûrement tous un endroit privilégié dans notre vie, une personne, un objet peut-être. L’image choisie peut être un souvenir, un lien avec l’enfance, un repère du quotidien perdu, une image pour revoir quelque chose ou quelqu’un, pour échapper à l’isolement, ou bien encore un substitutif à ce que les patients n’ont pas pu voir ou faire. Le choix d’une seule image représente un retour à l’essentiel d’une photographie qui est réellement importante et qui a du sens pour eux. C’est une image qui devient un moment privilégié et essentiel comme une fenêtre sur le monde intime du patient.

  • Une première image

Ce projet a débuté durant l’été 2013 avec une personne atteinte d’un cancer. Je lui demande si dans cette période compliquée et difficile pour lui, une image particulière lui ferait plaisir d’avoir ou de voir. Trois semaines plus tard, son état de santé ne lui permet plus de rester à domicile, il est alors hospitalisé. À partir des seules informations qu’il m'avait préalablement données, Je suis allée photographier ce lieu puis lui ait ramené un tirage de cette photographie dans sa chambre d’hôpital. Cette image lui a apporté une grande émotion, inattendue, des souvenirs positifs. Ce tirage lui a permis de parler plus précisément de cet endroit, de la symbolique que ce lieu avait pour lui. Il est décédé une semaine plus tard et la photographie est restée dans sa chambre d’hôpital jusqu’à ses derniers instants, au même endroit où je l’avais déposée.

  • Pistes de réflexion

Dans le projet S’il n’y avait qu’une image intervient une réflexion sur le cadre et l’environnement dans lequel se trouvent les personnes malades. En étant infirmière intérimaire pendant trois ans, j"ai eu l’occasion de travailler dans beaucoup d’hôpitaux différents mais où les chambres étaient relativement similaires. Je me suis interrogée sur ce lieu qui représente un espace clos, fermé avec peu d’ouverture sur le monde extérieur et dépersonnalisé avec un mobilier identique dans chaque chambre. Les patients ne peuvent pas en sortir tant que leur état de santé ne le permet pas et parfois, les hospitalisations peuvent être longues.

Comment échapper de façon temporaire à cet enfermement ? Comment est-il vécu ? Dans ce projet, je tente d’être un « médiateur » entre l’intérieur de la chambre et le monde extérieur dont le patient n’a pas ou plus accès. La réalisation d’une photographie puis d’un tirage, tente d’apporter dans cet espace un repère au patient, une fenêtre sur le monde. Il ne s’agit pas de n’importe quelle image mais une qui soit symbolique et qui ait du sens pour eux.

La réalisation de l’image demandée par le patient est à chaque fois un défi photographique qui parfois engendre une certaine responsabilité et où la question du temps est omniprésente : c’est parfois pour eux la seule et dernière possibilité de revoir un lieu ou une personne. L’enjeu est de photographier l’image choisie par le patient et de lui ramener à temps. je me trouve à chaque fois face à l’urgence d’une image qu’il faut réaliser rapidement avant que le patient quitte l’hôpital ou soit en fin de vie. Souvent, ce laps de temps est de quelques jours ou de quelques semaines.

Au moment de la prise de vue, je tente de réaliser la photographie au plus proche possible de ce que le patient semble attendre. Le défi est de retranscrire et de mettre en image ses mots avec un souci d’objectivité.

  • Publics bénéficiaires

Le projet est proposé a des patients qui sont hospitalisés dans deux contextes différents :

Certains d’entre eux sont hospitalisés pour des soins ponctuels puis repartent chez eux ou sont transférés en soins de suite. Dans ce cas, la photographie réalisée leur apporte quelque chose de positif pendant leur hospitalisation et à ce moment de leur maladie. Ils l’emmènent ensuite dans l’unité de soins où ils sont transférés ou à leur domicile. L’expérience à l’Institut Curie a montré que lorsque ces patients sont à nouveau hospitalisés, ils reviennent avec le tirage préalablement réalisé qui est de nouveau accroché au mur de leur nouvelle chambre. La photographie les accompagne donc à chaque étape de leur maladie.

Certains patients du projet sont en soins palliatifs. Dans ce cas la photographie réalisée participe à leur accompagnement jusqu’à la fin de leur vie. Cette photographie est l’unique et dernière possibilité pour le patient de voir, revoir un lieu ou une personne. Le tirage est ensuite gardé par la famille.

  • Organisation du projet photographique

Je me rend à l’Institut Curie de Paris chaque semaine depuis mars 2015. Ce sont en premier lieu les soignants qui identifient les patients qui seraient susceptibles de vouloir participer au projet photographique. Je vais ensuite à leur rencontre pour leur proposer d’y participer. Il s’agit alors d’ouvrir le dialogue avec eux et d’établir une relation de confiance qui s’établit après plusieurs rencontres et visites.

L’image réalisée apporte du bien être au patients et personnalise leur chambre d’hôpital. Elle représente un repère sur lequel ils peuvent s’appuyer le temps de leur hospitalisation et participe à leur prise en charge. Cette approche artistique transforme pour un temps le corps malade en un corps de ressentis et d’émotions, corps de vie retrouvée.

Plus qu’une simple image, la photographie réalisée est ensuite sources d’échanges, de découvertes avec les soignants et la famille. Elle est également support de soins auprès de l’équipe soignante et utilisée de manière thérapeutique. En effet, le lieu photographié représente un endroit d’apaisement et ces images ont contribué à la réalisation de séances d’hypnose par certains soignants lors de soins douloureux. Les photographies demandées par les patients selon leurs vécus, leurs cultures et leur histoire apportent diversité et richesse au projet.

  • Le chêne de Vy-les-Filains

    Marie, 75 ans Je voudrais la photographie d’un arbre, un chêne de préférence, c’est tellement beau. Avec si possible, le soleil qui joue dans les feuilles. Un chêne pas trop jeune. Autant que possible, il doit être entier sur la photographie. Le…