Marigny Marmande

Nathalie, 42 ans 

 J’imagine la photographie d’un petit village qui s’appelle Marigny-Marmande, il est situé en Eure-et-Loire, entre Tours et Châtellereault. C’est la ville de de mes grands-parents qui m’ont accueillis quand j’étais petite. Je me souviens qu’il n’y a rien dans ce village. 

 J’ai habité là-bas quand j’étais toute petite. Ils m’ont pris en charge pendant un moment où ma mère ne le pouvait pas. La maison de ma grand-mère est dans cette rue. Mon arrière grand-mère y habitait aussi. J’aimerais une image de l’église avec la rue principale. Une petite photographie que je peux garder partout avec moi et qui m’accompagnerait chaque jour. 

 C’est mon village, mes petits souvenirs, mes racines. 

La Place du Tertre de Montmartre

Danièle, 65 ans

J’aime beaucoup les vieux quartiers de Montmartre, la rue St Vincent, les vignes, les escaliers, la place du Tertre. J’y suis née. J’ai eu une enfance très heureuse. J’aimerais une belle photographie du vieux Montmartre en noir et blanc avec le Sacré Cœur en arrière-plan. J’adore me promener dans Paris, je suis une vraie parisienne, j’aime ma ville. 

Ce quartier, c’est mon enfance. Je faisais des grandes balades avec mon père. On allait voir les peintres. J’habitais dans un quartier-village, dans un petit appartement au 5ème étage. J’ai été à l’école là-bas. Je partais seule avec une clé autour du cou. J’avais 7 ans. Tout le monde me connaissait. Je faisais le tour du pâté de maison pour aller à l’école. On nous appelait «les enfants à clés». 

J’ai d’excellents souvenirs de ma jeunesse, j’ai reçu beaucoup d’amour, ça m’a permis d’être forte. Je suis à l’hôpital depuis deux semaines, j’aimerais pouvoir me représenter mon mal, une «image intérieure» pour savoir sur quoi je dois me battre. C’est difficile de ne pas pouvoir visualiser la maladie. Revoir ce quartier m’apporterait beaucoup de bonheur, de joie et de bons souvenirs.  

Place Dalida - Montmartre

Sylvain, 44 ans

J’aimerais une photographie de Paris dans le même esprit que les Amoureux de Paris de Robert Doisneau. J’aime le vieux Paris, les photographies en noir et blanc. 

J’aime beaucoup Montmartre. J’aimerais revoir le quartier de Montmartre des années 1910 : les vignes, les vieilles rues , les escaliers. 

Je suis photographe mais j’aimerais votre regard qui sera différent du mien. Je préfère une image récente, réalisée par vous. 

Maintenant ce quartier est devenu touristique alors qu’avant on trouvait toujours un petit endroit pour s’assoir sur des marches et on passait la soirée sans rien dépenser. Je ne suis pas parisien mais cela m’évoque les copains sur une terrasse, les soirées où on allait papoter, de bons moments. 

Les joueurs d'échecs du Jardin du Luxembourg

Noé, 70 ans

L’image qui me vient à l’esprit est une photographie du Jardin du Luxembourg, plus précisément des jeux d’échecs situés à côté du Sénat. Quand vous voyez et les joueurs et les arbres, ce sera là. A côté il y a un petit kiosque où on se réfugie lorsqu’il pleut. 

Dans l’image que je visualise, j’imagine un moment de vie. En arrière plan, il y a l’Orangerie. Quand j’ai quitté cet endroit, il y avait des roses. Cet hiver, il y avait des joueurs sous la neige. Ensuite vous avez les tables sur lesquelles sont dessinées des échiquiers. Elles ont été offertes par le Sénat. Je vois bien des gens âgés et jeunes, un mélange de population, les grands qui enseignent aux petits. 

J’aime jouer aux échecs. C’est une activité que j’ai découverte alors que je ne travaillais pas et où j’ai pris des cours. C’est un jeu qui m’amuse, je le trouve fascinant. C’est un jeu extraordinaire, qui occupe l’esprit : pour les gens démunis , dans la solitude. Ce temps passé à jouer, je le trouve intéressant. Je me suis fait des amis là-bas de tous les milieux. ça me manque de ne pas pouvoir jouer et y aller. 

Les soignantes de l'Institut Curie

Seghira, 47 ans

Mon obsession en ce moment c’est la gentillesse. Ce terme ne veut rien dire et tout en même temps. Je pense à une photographie de portraits de professionnels de santé. J’aimerais trouver un autre terme que la gentillesse. Pour moi ça a énormément de valeur, d’importance. L’humanité dans un hôpital c’est ce qu’il y a de plus important.

C’est exceptionnel, les soignants de l’Institut Curie sont tous gentils. Je pense à une série de portraits ou un portrait de groupe qui ferait en sorte que ce serait des modèles de soignants, vu par mes yeux et validés par les vôtres. 

Une photographie symbolique et discrète, de petit format et en couleur car je pourrai la transformer en noir et blanc, mais il n’est pas possible de faire l’inverse. Ce serait une photographie que je verrai avec émotion et qui représenterait ces personnes qui s’occupent de moi. Ce serait une image rassurante. C’est grâce à eux que je suis combative, ils me soutiennent. Le plus important c’est ça. 

Je pense à une image de ces soignants dans un lieu qui représente le symbole de Marie Curie, de cette femme qui a un bon fond, elle s’est battue, elle a du courage et de l’humanité. 

Les soignants de l'Institut Curie

Joëlle, 68 ans

J’aimerais une photographie avec toute l’équipe du 2ème étage de l’Institut Curie : les infirmières, les aides-soignantes, la kinésithérapeute. 

Ce serait pour moi un bon souvenir, positif qu’il me resterait de l’hôpital malgré ma maladie. C’est toujours bien d’avoir des souvenirs, on se replonge dedans quand le moral est un peu à la baisse. 

J’aimerais une grande photo qui serait prise dans le couloir du service afin d’utiliser la perspective du lieu. Je passe des bons moments avec les infirmières. Je pourrais ramener cette photographie chez moi et repenser à elles si j’en ai besoin.

Rose et Agnès

Rose, 69 ans

Je voudrais être photographiée avec une des aides soignantes du service. Pour moi, ce qu’il y a de plus précieux, ce sont ces gens qui vous aident tous les jours. Ce sont des personnes qui vous aident à avancer.

Elle s’appelle Agnès. Elle m’aide lorsque je prends ma douche, et pour tous les gestes et soins de la vie de tous les jours. Elle représente quelque chose de chaleureux, d’humain. Elle a quelque chose dans son visage et son sourire qui apaisent et que j’ai vu dès la première fois où je l’ai rencontrée.

C’est une personne qui a une richesse intérieure, elle est très profonde. Je visualise une image simple, quelque chose d’humain. J’aimerais que vous la photographiez telle que je la ressens. Ma demande peut paraître toute simple et pourtant ça représente beaucoup.

La cascade des Buttes Chaumont

Mady, 36 ans

Je pense au Parc des Buttes Chaumont. C’est un parc que j’ai pu découvrir à la télévision. J’ai toujours souhaité y aller mais par manque de temps, ça ne s’est pas fait.

Je me souviens que ce jardin a des cascades d’eau. Ce qui m’avait plu c’est le fait que lorsque l’on rentre à l’intérieur, on a l’impression d’être ailleurs. Pourtant, on se trouve à Paris, c’est un jardin au milieu de la ville. Il y a des bancs sur lesquels on peut s’assoir, de la verdure, des activités à faire.

J’aimerais une photo de la cascade ou de ses chutes d’eau. Pour moi, elle représente le "lâcher prise". Souvent on veut tout contrôler, tout gérer et c’est stressant. Regarder la cascade apaise et permet d’avoir ce "lâcher prise".

La cascade Maria Valenta, Arles-sur-Tech

Robert, 65 ans

J’aimerais une photographie d’une cascade. Il y a une forêt autour de cette cascade et en face une vallée. Elle se situe près de la ville d’Amélie-lès-Bains, c’est une ville près de Perpignan. J’y suis allé plein de fois en vacances. Quand je fais des « visualisations » quand je suis décontracté, je visualise cet endroit dans lequel je me sens bien. J’extrais ma tumeur et je la jette dans le torrent qui suit cette cascade.

Elle se situe plus précisément à Arles-sur-Tech. J’y suis allé quand j’étais gamin et ensuite j’ai amené toutes les personnes que j’aimais là-bas. L’endroit est resté intact depuis que je suis petit. Récemment j’ai rencontré par hasard une personne qui connaissait aussi cet endroit, pourtant, il est difficile d’accès. 

Il y a un circuit de grande randonnée qui passe à côté, peu touristique. Pour y aller, il faut traverser le village, dépasser la gendarmerie, puis il faut tourner un peu à gauche, on tombe alors dans une zone de pâturages et il y a une forêt. A côté, il y a un torrent à sec qui devient ensuite un chemin. C’est le GR 10 entre Biarritz et Perpignan. Il ne faut pas y aller quand il pleut mais plutôt quand il fait chaud pour pouvoir se baigner au bord de la cascade, c’est un peu comme dans une baignoire.